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Lafarge SA en examen pour complicité de crimes contre l'humanité
information fournie par Reuters 28/06/2018 à 16:40

    * Une première pour une multinationale
    * Des ONG jugent cette mise en examen "historique"
    * LafargeHolcim charge les anciens dirigeants, fait appel

 (Avec mise en examen, réactions)
    par Emmanuel Jarry
    PARIS, 28 juin (Reuters) - L'entreprise Lafarge SA a été
mise en examen jeudi en tant que personne morale pour
financement d'une entreprise terroriste et complicité de crimes
contre l'humanité dans le dossier de sa cimenterie syrienne,
a-t-on appris de source judiciaire.
    Dans cette mise en examen conforme aux réquisitions du
parquet, les juges d'instruction ont également retenu la
violation d'un embargo et la mise en danger de la vie d'autrui. 
    Lafarge SA est placée sous contrôle judiciaire, ce qui
comporte une obligation de cautionnement, fixé à 30 millions
d'euros, ajoute-t-on de même source.
    Le groupe LafargeHolcim  LHN.S , né de la fusion en 2015 du
cimentier français et du suisse Holcim, a fait savoir qu'il en
prenait acte mais charge les anciens dirigeants de Lafarge et
annonce qu'il fera appel des infractions reprochées.
    La justice enquête sur les conditions dans lesquelles, avant
son absorption par Holcim, le cimentier français, a maintenu en
activité son usine de Jalabiya en 2013-2014 dans une région du
nord de la Syrie sous contrôle du groupe Etat islamique (EI).
    Elle s'intéresse notamment aux versements effectués par
Lafarge, par le biais d'intermédiaires, à des organisations
armées, notamment à l'EI, pour permettre le fonctionnement de
l'usine, la circulation des salariés et des marchandises.
    Elle s'intéresse également à l'achat éventuel de matières
premières à des intermédiaires proches de ces groupes.
    Au total, les sommes concernées sont évaluées à près de 13
millions d'euros et le parquet de Paris a ouvert en juin 2017
une information judiciaire pour financement d'entreprise
terroriste et mise en danger de la vie d'autrui.
    Huit anciens dirigeants et cadres de Lafarge, dont son
ex-PDG Bruno Lafont, ont déjà été mis en examen.
    Deux ONG à l'origine de l'information judiciaire, Sherpa et
le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains
(ECCHR), demandaient que Lafarge SA soit aussi mis en examen
pour complicité de crimes contre l'humanité en Syrie.
        
    "ERREURS INDIVIDUELLES"
    Elles jugent "historique" la décision des juges et estiment
que cela devrait amener Lafarge à ouvrir un fonds indépendant
d'indemnisation pour les anciens employés de Lafarge Cement
Syria (LCS), sa filiale syrienne, et leurs familles.
    "C'est la première fois dans le monde qu'une entreprise est
mise en examen pour complicité de crimes contre l'humanité, ce
qui marque un pas décisif dans la lutte contre l'impunité des
multinationales opérant dans des zones de conflits armés",
déclarent ces deux ONG dans un communiqué.
    Lafarge et ses dirigeants "ne pouvaient ignorer qu'ils
contribuaient aux crimes contre l'humanité commis par l'EI en
Syrie (...) mais aussi dans le reste du monde",
expliquaient-elles dans un communiqué publié le 15 mai.
    Pour Sherpa et l'ECCHR, l'hypothèse que les sommes versées
en Syrie à des groupes armés aient pu aussi servir à financer
des attentats en Europe, dont ceux du 13 novembre 2015 à Paris
et du 22 mars 2016 à Bruxelles, ne peut pas être écartée.
    LafargeHolcim reconnaît une "violation sans précédent des
règlements" par "quelques personnes qui ont quitté le groupe". 
    "A plusieurs reprises, y compris aujourd'hui devant les
juges d'instruction, la société Lafarge SA a confirmé que des
erreurs individuelles inacceptables ont été commises en Syrie
jusqu'à l'évacuation du site en septembre 2014, ce qu'elle
regrette et condamne avec la plus grande fermeté", lit-on dans
le communiqué groupe.
    Cependant, "l'entreprise fera appel des infractions
reprochées, qui ne reflètent pas équitablement les
responsabilités de Lafarge SA", prévient LafargeHolcim.
    Lafarge SA était représentée devant les juges par le
président du conseil d'administration de LafargeHolcim, Beat
Hess, et non par la nouvelle présidente de la holding, Magali
Anderson, précise-t-on de source proche du dossier.
    Une première convocation, le 5 juin, avait été reportée en
raison de la démission du président de la holding, Saad Sebbar,
apparemment soucieux de ne pas voir son nom mêlé à ce qui est
désormais "l'affaire Lafarge".
    Un nouveau conseil d'administration et Magali Anderson ont
été désignés vendredi dernier lors d'une assemblée générale.

 (Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)
 

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